La renaissance de Rotterdam

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18 mars 2015

La renaissance de Rotterdam

Il y a 75 ans le centre de Rotterdam fut entièrement détruit par l’armée allemande et des centaines d’habitants trouvèrent la mort.

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J. Kroon City Archive Rotterdam

Il y a 75 ans le centre de Rotterdam fut entièrement détruit par l’armée allemande et des centaines d’habitants trouvèrent la mort. La reconstruction fut longue et ce n’est qu’aujourd’hui que l’aménagement de la ville prend vraiment forme. Ce qui fait de Rotterdam le terrain expérimental de l’architecture moderne. Une ville avec de l’audace. L’exposition l’Attaque (De Aanval) dans une ancienne remise de sous-marins lève le voile sur ces pages noirs de l’histoire de la ville.

Il y a 75 ans les Pays-Bas ont été envahis et furent impliqués dans la Seconde Guerre mondiale. Du 10 au 14 mai 1940, les forces néerlandaises ont dû affronter l’armée allemande : une histoire incroyable, en grande partie inconnue, précédent un bombardement dévastateur.

L’exposition De Aanval (L’Attaque) raconte cette histoire dans une ancienne remise de sous-marins dans la zone portuaire. D’énormes projections montrent la bataille en trois perspectives: la confusion des habitants, la résistance et la bataille des militaires néerlandais et l’expérience vécue par l’armée allemande. L’exposition – avec des effets visuels impressionnants, des histoires personnelles et des objets originaux – sera dominée par la grande forme menaçante d’un modèle de Heinkel He 111, le bombardier qui a détruit la ville.

Malgré la menace de la guerre et la mobilisation des forces armées en 1940, la plupart des habitants de Rotterdam s’attendent à être protégés, comme lors de la Première Guerre mondiale, par la neutralité néerlandaise. Mais la ville qui depuis Napoléon n’a plus connu de guerre, se retrouve le 10 mai 1940 soudainement en pleine ligne de front.

Les Fallschirmjäger, des parachutistes allemands, vont descendre auprès du stade de Feyenoord et l’aéroport de Waalhaven au sud de la ville. Des hydravions atterrissent sur la Meuse déposant des soldats qui se rendent sur des bateaux en caoutchouc vers la rive. L’opération audacieuse, identique dans sa mission avec Market Garden quatre ans et demi plus tard, doit mettre la main sur les ponts de Rotterdam afin de permettre à la force principale allemande de pénétrer au cœur de la Hollande.

Le premier jour de guerre, le 10 mai, est caractérisé par une bataille féroce. Sur l’aéroport de Waalhaven, les défenseurs se battent avec les parachutistes. Au-dessus de leurs têtes la Luftwaffe et les avions néerlandais mènent le combat. Dans la ville même, des combats sont tenus autour de l’Afrikaanderplein et des navires de guerre s’avancent sur le fleuve pour tirer sur des soldats allemands.

A la fin de la journée, se dresse un tableau, qui tiendra durant toute la bataille de Rotterdam. Celui d’une impasse dans laquelle les allemands détiennent le Sud de la ville, alors que les néerlandais contrôlent la rive du Nord. Personne ne peut traverser les ponts.

Le 11 mai, les deux parties renforcent leurs positions. Après que les Allemands prennent position sur le SS Statendam, le paquebot de la Ligne Hollande-Amérique prend feu par des coups tirés. Les derniers bombardiers néerlandais attaquent, en vain, les ponts de la Meuse. De l’autre côté, la Luftwaffe réalise divers bombardements bien déterminés. De nombreuses rumeurs de traîtrises et de sabotages éveillent la méfiance. Des fouilles et des fusillades incontrôlées ont lieu dans la ville. Partout circulent les rumeurs les plus folles.

Le 12 mai, la Luftwaffe (Force aérienne) continue de viser les défenseurs avec des bombardements. Des bombes destinées à la gare Delftsche Poort frappent le vieux zoo Diergaarde situé à proximité. Afin d’éviter l’évasion des animaux féroces, ceux-ci sont abattus. A la consternation de leurs soigneurs, les militaires tuent des lions, des tigres, des panthères, des jaguars et des ours. Sur l’île du Nord (Noordereiland), où passent les ponts, les Allemands ne permettent pas aux habitants d’évacuer. La situation alimentaire y devient rapidement pénible.

Suite à des informations que des divisions blindées allemandes se rapprochent, le 13 mai le commandement de l’armée néerlandaise ordonne une ultime tentative de prendre les ponts et de les faire sauter. Le département des Marines reçoit l’ordre de reprendre le pont. Lors de l’attaque, l’infanterie de la Marine combat les Allemands qui depuis le 10 mai, sont forcés de se dissimuler à l’entrée nordique du Willemsbrug (pont de Willems). L’action doit être interrompue après d’énormes pertes des deux côtés. Le commandement allemand reçoit l’ordre de briser la résistance de Rotterdam par tous les moyens, si nécessaire, par la destruction de la ville.

Le 14 mai, trois Allemands passent le pont avec un ultimatum: dès réception, la ville a deux heures pour se rendre. Un escadron de bombardiers Heinkel He-111 décolle des aéroports autour de Brême. Son but : Rotterdam. Les négociateurs allemands reviennent avec le message qu’un négociateur néerlandais arrive. Le commandement allemand envoie un télégramme pour reporter le bombardement. La réponse vient : attaque comme prévu, éventuellement interruption avec des fusées éclairantes. Le négociateur néerlandais reçoit un nouvel ultimatum. Lorsqu’il retourne vers le pont Willemsbrug, le bruit d’avions se fait entendre. Les Allemands tirent directement une fusée éclairante. Au-dessus de la ville tombent les premières bombes.

Après le bombardement, presque tout le centre-ville est incendié. Les pompiers placés auprès des bouches d’incendie constatent qu’ils n’ont plus d’eau. Rotterdam s’écroule sous la fumée et le feu. Après la menace d’Utrecht et le sort de Rotterdam, le commandement des forces néerlandaises donne l’ordre de cesser le combat. La bataille de Rotterdam et des Pays-Bas est perdue, c’est le début de cinq années d’occupation allemande.

Le bombardement de Rotterdam détruit plus de 30 000 habitations et bâtiments. En conséquence, entre 800 et 900 personnes trouvent la mort. Quatre jours après le bombardement, le 18 mai 1940, l’architecte de la ville, Witteveen est chargé de créer un plan de reconstruction. En dix jours, il trace les grandes lignes sur papier. Les dévastations sont rapidement prises en main. Des blocs entiers sont expropriés et démolis, aussi ceux qui en partie auraient peut-être pu être restaurés. Le nouveau Rotterdam ne doit pas être retenu par les restrictions de la vieille ville.

Witteveen a une préférence pour de grandes « parkways » et des blocs traditionnels en briques. Son influence est visible notamment dans les grands bâtiments des banques le long du Blaak. Mais au final, ses idées plus modernes l’emportent et Witteveen devra faire place à son secrétaire personnel Van Traa. Sous sa direction, un tout autre plan sera établi, le Plan de Base, qui suit les principes modernistes de l’urbanisme. Les décennies suivantes, les idées sur la reconstruction et l’aménagement de la ville changeront à plusieurs reprises. Ce qui fera de Rotterdam le terrain expérimental de l’architecture moderne. Une ville dynamique par excellence.

Exposition

L’attaque (De Aanval)
mai 1940, 5 jours de bataille pour Rotterdam
30 avril - 25 octobre 2015
Onderzeebootloods (Remise de sous-marins) – Heijplaat