Les Pays-Bas se servent à la montée des eaux

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17 mars 2016

Les Pays-Bas se servent de la montée des eaux.

L’Afsluitdijk attire chaque année quelques 250 000 visiteurs. Venus de l’étranger ou originaires des Pays-Bas, ils viennent voir la prouesse réalisée par des ingénieurs néerlandais au début du siècle dernier. Avec des moyens limités et grâce au dévouement de milliers d’ouvriers, surgissait il y a près de 90 ans et en cinq ans cette digue longue de 30 kilomètres et large de 90 mètres. Elle transforma la Zuiderzee en lac : l’IJsselmeer. Aujourd’hui un nouveau défi attend les ingénieurs : la montée des eaux causée par le changement climatique.

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L’Afsluitdijk attire chaque année quelques 250 000 visiteurs. Venus de l’étranger ou originaires des Pays-Bas, ils viennent voir la prouesse réalisée par des ingénieurs néerlandais au début du siècle dernier. Avec des moyens limités et grâce au dévouement de milliers d’ouvriers, surgissait il y a près de 90 ans et en cinq ans cette digue longue de 30 kilomètres et large de 90 mètres. Elle transforma la Zuiderzee en lac : l’IJsselmeer. Aujourd’hui un nouveau défi attend les ingénieurs : la montée des eaux causée par le changement climatique.

L’Afsluitdijk a prouvé depuis sa construction son utilité : sans elle une partie des Pays-Bas aurait été inondée. Sa construction débuta en janvier 1927 et le dernier trou fut comblé par les ouvriers le 28 mai 1932. Dans l’intervalle, des écluses à sas ainsi que des vannes de décharge avaient été créées à Den Oever et Kornwerderzand.

Mais aujourd’hui le changement climatique complique la protection contre les eaux de la mer dont le niveau monte sans cesse, ainsi que l’évacuation de l’eau superflue de l’Ijsselmeer, nourri en parti par le Rhin et donc par la fonte des glaces dans les Alpes. Ainsi, la sécurité est à nouveau à l’ordre du jour et cette protection contre les eaux, jadis si sensationnelle a été rattrapée par le temps. En 2006, il s’est avéré que la digue ne répondait plus aux normes de sécurité, à cause de son vieillissement et des changements climatiques. La décision fut prise de renforcer digue et écluses ainsi que de confier de nouvelles fonctions innovatrices à l’Afsluitdijk.

Les ingénieurs hollandais espèrent faire de nécessité vertu. Maintenant que les travaux de renforcement de la digue ont commencé, ils étudient de quelle manière elle pourrait contribuer à la production d’énergie renouvelable. ‘L’Énergie Bleue’ est une des possibilités étudiées. Cette nouvelle technologie exploite la différence de potentiel entre l’eau douce et l’eau salée. Pour faire simple : les éléments positifs sont séparés des éléments négatifs par des membranes, puis réuni pour produire un courant. Ce procédé est appelé l’électrodialyse inversée. L’Afsluitdijk, véritable barrage entre eau douce et eau salée, est le lieu idéal pour le tester. Pour l’instant il s’agit d’un projet pilote mais selon toute prévision, la première grande centrale d’Énergie Bleue sera ouverte en 2020.

L’énergie marémotrice représente une autre opportunité. Il est estimé qu’à terme l’énergie des marées couvrira 10 % du besoin mondial en énergie. Cette forme écologique de production d’énergie fait appel aux courants. Ces courants sont provoqués par l’amplitude des marées, mais peuvent également être le fait d’une dénivellation ou d’une décharge d’eau. Le Tidal Testing Centre (TTC) à Den Oever fait des essais avec une turbine (sous-marine), mise en marche par l’eau s’écoulant via des vannes depuis l’IJsselmeer vers la mer des Wadden.

La construction de l’Afsluitdijk apporta un grand nombre de bienfaits, mais eut également une conséquence fâcheuse. La fermeture et la transition soudaine d’eau salée vers eau douce impacta l’écosystème de ce qui était jusqu’alors la Zuiderzee. La riche faune et flore diminuèrent, l’élément le plus notable étant la réduction de la population piscicole. Il était de plus en plus difficile pour les poissons de migrer de l’eau douce vers l’eau salée et inversement.

Incitée par la Directive Cadre européenne sur l’Eau (DCE), l’administration néerlandaise souhaite améliorer l’écosystème de l’IJsselmeer en le reliant davantage avec la mer des Wadden. La première intervention tangible consiste à stimuler la population des poissons ainsi que leur migration en plaçant une passe à poissons à Den Oever et à Kornwerderzand. Une étude doit déterminer si celles-ci pourront céder la place à la construction d’un fleuve de migration de poissons. Il s’agit d’un fleuve artificiel à marée, contrôlé et sinueux, d’une longueur d’environ 6 mètres. Une telle solution serait inédite et pourrait favoriser de manière significative la migration des poissons entre le lac et la mer.

Le projet de développement de la digue rénovée prévoit également d’améliorer l’accessibilité aux visiteurs. Des pistes cyclables seront aménagées sur toute la longueur ainsi que des circuits pédestre d’une durée d’une demi-heure, une heure et deux heures. L’ouverture d’un centre d’expériences est également prévue, ce qui offrira la possibilité de visiter l’Afsluitdijk le soir ou la nuit. L’entrée au centre sera gratuite, quelques expériences étant cependant payantes. Le centre d’expériences ouvrira ses portes en 2018.