La délirante Yayoi Kusama

15 avril 2019

Le Musée Voorlinden à La Haye célèbre le quatre-vingt-dixième anniversaire de Yayoi Kusama en exposant plusieurs pièces emblématiques issues de sa propre collection : l’occasion rêvée de redécouvrir l’artiste japonaise à travers sa première Infinity Room, sa célèbre Pumpkin et ses fameuses Infinity Net paintings. À force de persévérance, Yayoi Kusama est entrée dans l’histoire de l’art en devenant la plus grande artiste féminine de notre époque.

Yayoi Kusama rêve d’une carrière artistique depuis son plus jeune âge. Après une jeunesse difficile, elle décide donc de quitter son Japon natal pour partir à la conquête de l’Amérique, où elle continue à perfectionner son art et elle se lie d’amitié avec Donald Judd, Andy Warhol, Joseph Cornell et Claes Oldenburg. Dans les années 1960, les femmes telles que Yayoi Kusama n’avaient toutefois pas leur place sur la scène artistique américaine, et seuls les hommes blancs pouvaient entrer sous le feu des projecteurs. Ainsi, tandis que la jeune Japonaise restait dans l’ombre, des mouvements tels ZERO ou encore le Pop art, pourtant nés de son travail, ont fait la renommée de nombreux artistes masculins inspirés par ses idées. Malgré ces revers qui l’ont menée à la dépression et à la névrose, Yayoi Kusama a persévéré et s’est affirmée de plus belle en s’opposant ouvertement à la guerre du Vietnam et à l’ordre établi dans l’univers artistique, tout en défendant les droits des homosexuels – allant même jusqu’à organiser, il y a quarante ans de cela, le tout premier mariage homosexuel célébré aux États-Unis.
En 1977, quelques années après être rentrée au pays du Soleil levant, Yayoi Kusama a intégré volontairement un établissement psychiatrique pratiquant la thérapie créative ; ce qui ne l’a pas empêchée de continuer à peindre à un rythme effréné. Elle devra toutefois attendre une décennie supplémentaire avant que son travail soit enfin reconnu à sa juste valeur. Elle décroche notamment une première exposition en solo à New York, et est ensuite sélectionnée pour représenter le Japon à la Biennale de Venise de 1993.

Ses pois, citrouilles et installations incorporant des miroirs sont aujourd’hui des éléments phares de l’art contemporain. L’une des pièces maître de la collection du Musée Voorlinden est l’infinity room Gleaming Lights of the Souls (2008), exposée pour la première fois au sein du musée néerlandais. Cette installation qui n’accueille que deux personnes à la fois, offre une immersion totale en plaçant ses visiteurs au centre d’un bassin qui, à l’instar des murs et du plafond recouverts de miroirs, reflète la lumière produite par des centaines de globes lumineux aux couleurs changeantes… Une œuvre aussi fascinante qu’envoûtante qui ne manquera pas de vous couper le souffle.

Yayoi Kusama fait partie des artistes les plus appréciés du moment, et ses œuvres suscitent l’engouement dans le monde entier – que ce soit dans la file des musées ou sur Instagram, où le hashtag #YayoiKusama fait fureur –, et des stars internationales telles que Lady Gaga, Adele ou encore Louis Vuitton mettent son art à l’honneur. Aujourd’hui, Yayoi Kusama jouit d’une réputation sans égale.

A l’affiche jusqu’en septembre 2019.