Musées

Les estampes de Picasso

15 Avr 2019

Derniers jours ! Si vous passez à Rotterdam avant le 12 mai, faites un saut au Kunsthal pour admirer l’exposition Picasso on Paper. Pablo Picasso (1881-1973) voyait l’estampe comme un moyen d’expression sans limite, il en a donc réalisé plus de 2 500 en employant une multitude de techniques.

La collection du Musée Boijmans Van Beuningen compte près de quatre cents estampes, dont plus de soixante-dix exposées au Kunsthal. Le point d’orgue de l’exposition Picasso op Papier est une collection de linogravures représentant des natures mortes, des combats de taureaux, des scènes mythologiques, et surtout des femmes.

Véritable autodidacte, Pablo Picasso a appris seul à maîtriser l’art de la linogravure. C’était en 1958. L’artiste approchait alors des quatre-vingts ans. Cette exposition marque également le lancement du projet Boijmans chez les voisins, une initiative née sous l’impulsion des musées rotterdamois, qui souhaitent mettre en avant la collection Boijmans au cours des années à venir. En effet, le Musée Boijmans fermera ses portes pendant plusieurs années pour traveaux.

Le clou de l’exposition est sans doute une série de huit épreuves successives de la linogravure intitulée La Dame à la Collerette (1962). Cette série de portraits de Jacqueline, la femme de l’artiste, montre comment Picasso réalisait ses estampes, et réunit deux grands aspects de l’œuvre de l’Espagnol : sa parfaite maîtrise de la linogravure, et sa fascination pour les femmes.

Les femmes ont joué un rôle prépondérant dans la vie de Picasso, et ont par ailleurs grandement influencé son art. La créativité de l’artiste était si aiguisée par sa compagne ou maîtresse du moment, que son œuvre monumentale a été fractionnée en périodes correspondant chacune à une nouvelle partenaire. Il a par exemple figé, dans l’une de ses premières estampes – une gravure de 1905 – le souvenir de Madeleine, une mannequin avec laquelle il a entretenu une brève relation. La jeune Marie-Thérèse Walter, qui fut sa maîtresse à partir de 1927, lui a inspiré la Suite Vollard, une série réalisée entre les années 1930 et 1937 qui restera une pierre angulaire de son œuvre graphique. 

Dans cette collection d’estampes, la femme devient le modèle d’un sculpteur, mais est également aimée et épiée par un minotaure, mi-homme, mi-taureau, dans des compositions aux accents surréalistes. Les thèmes de l’érotisme et du voyeurisme ont en outre conservé une place centrale dans ses œuvres tardives. Jacqueline Roque (1927-1986) fut la dernière épouse et muse de Picasso, celle qui lui a inspiré le plus de portraits.