Un vrai « Rembrandt » ! Ou pas ?

13 décembre 2018

Pour célébrer l’année « Rembrandt », le Mauritshuis à La Haye exposera les 18 peintures précédemment acquises sous l'attribution « Rembrandt ». Onze d'entre elles sont toujours considérées comme des œuvres authentiques de Rembrandt, ou lui ont été à nouveau attribuées. La présentation comprend également cinq peintures qui ne sont désormais plus attribuées au maître lui-même, et deux peintures dont l'attribution est suivie d'un point d'interrogation.

Pour la première fois de son histoire, le Mauritshuis présentera l'intégralité de sa collection de « Rembrandts » dans une seule exposition. Chaque tableau est accompagné d'histoires fascinantes sur la manière dont il est entré dans la collection du musée. Qui a découvert le tableau ? A-t-il été acquis ou donné ? Comment les gens l'ont-ils vu au fil des siècles ? Comment a-t-il été recherché ? Pourquoi certaines oeuvres sont-elles tombées de leur « piédestal Rembrandt » à un moment donné ? Les visiteurs seront encouragés à regarder de près et à comparer. Pouvez-vous réellement faire la différence entre un « Rembrandt » et un « non-Rembrandt » ? Et que s'est-il passé avec les deux portraits dont l'authenticité est mise en doute ? Dix-huit peintures, 350 ans d'histoire (de l'art) fascinante.

Les 18 peintures du Mauritshuis constitueront le point de départ d'une exposition illustrant comment notre perception de Rembrandt a constamment évolué au fil du temps. Vers la fin de sa vie, le style de peinture de Rembrandt était quelque peu démodé. Au 18ème siècle, ses œuvres redevinrent populaires auprès des collectionneurs royaux comme le stathouder Prince Guillaume V. Au cours du 19ème siècle, il fut peu à peu reconnu comme un héros national. Vers 1900, le travail de Rembrandt était considéré comme précurseur de l'impressionnisme. Ceci a également conduit à une nouvelle appréciation de ses dernières œuvres, caractérisées par des coups de pinceau larges. C'est alors que l'on s'est également intéressé à « l'homme » derrière le peintre.

Par exemple, les « tronies » de Rembrandt, des visages de femmes et d'hommes âgés, étaient perçus avec optimisme comme des portraits des membres de sa famille. Au 20ème siècle, les experts ont commencé à déterminer quelles œuvres pouvaient ou ne devaient plus être attribuées à Rembrandt. Aujourd'hui, nous nous appuyons de plus en plus sur des ressources technologiques de pointe, non seulement pour répondre à la question « est-ce un vrai Rembrandt ? », mais également pour en savoir plus sur les ingénieuses techniques de peinture du maître.

La collection du Mauritshuis comprend onze tableaux qui sont incontestablement des oeuvres du maître lui-même. Parmi ceux-ci, certaines de ses oeuvres les plus célèbres ainsi que des favoris, comme son dernier autoportrait (1669), La leçon d'anatomie du Dr. Nicolaes Tulp (1632), Portrait d'un homme âgé (1667) et Homère (1663). L'histoire de Saul et David (vers 1651-54 / 1655-58) est un récit de hauts et de bas. La peinture a longtemps été l'un des « Rembrandts » les plus renommés, jusqu'en 1969, date à laquelle son attribution à Rembrandt a été rejetée. Un projet de recherche et de conservation d'une durée de sept ans a permis à l'œuvre de réintégrer le panthéon des « vrais » Rembrandts en 2015.

Parmi les tableaux un peu moins connus, mais néanmoins indiscutablement de sa main, on compte L'homme qui rit (vers 1629-1630), Andromède (vers 1630), Susanna (1636) 'Tronie' d'un homme avec un béret à plumes (vers 1635-1640) et Deux Maures (1661). Le Mauritshuis possède la plus grande collection de peintures de Rembrandt aux Pays-Bas, en dehors du Rijksmuseum d'Amsterdam.

Deux tableaux ajoutés à la collection lorsque Abraham Bredius était directeur (1889-1909) ne peuvent toujours pas être attribués à Rembrandt avec certitude. Il s'agit de deux études d'hommes âgés que l'on croyait jadis être le père et le frère de Rembrandt. Le 'tronie' d'un homme d'environ 1630-1631 était jadis considéré comme étant Harmen Gerritz van Rijn, le père de Rembrandt, car le portrait montre des similitudes avec ses autres portraits. L'Étude d'un vieil homme de 1650 a longtemps été considérée comme un portrait du frère de Rembrandt, Adriaen van Rijn. Maintenant, non seulement les attributions, mais également l'identité des sujets sont incertaines. Qui sont-ils ? Et sont-ils de Rembrandt ? Les experts n'arrivent pas à se mettre d’accord.

Cinq peintures sont entrées dans la collection du Mauritshuis comme étant des Rembrandt, mais ne sont désormais plus considérées comme étant du maître. Le statut de l'extraordinaire autoportrait d'un jeune Rembrandt, acquis en tant que chef-d'oeuvre de Rembrandt par le stadhouder Prince Guillaume V au 18ème siècle, a changé très récemment, en 1999, lorsqu'il a été prouvé qu'il s'agissait en réalité d'une copie de studio d'un autre autoportrait conservé au Germanisches Nationalmuseum à Nuremberg.

En 1890, le directeur Bredius fit l'acquisition de l'Étude d'une vieille femme (également connu sous le nom de La mère de Rembrandt, vers 1630-35) pour le musée. Il était convaincu qu'il s'agissait d'un tableau du peintre lui-même, mais les historiens de l'art pensent aujourd'hui qu'il s'agit d'une copie d'un original perdu. Bien que la Femme priant ait été présenté comme un authentique Rembrandt lors d'une exposition célébrant le couronnement de la reine Wilhelmine en 1898, cette petite peinture fut ensuite rapidement désattribuée. Et lorsque Bredius acquit Voyageurs au repos en 1894, le tableau était signé Rembrandt.f., mais cette signature s’est révélée être fausse et l'œuvre est maintenant considérée comme étant de la main d’un des imitateurs de Rembrandt. Enfin, Minerve (vers 1635-1640), que Bredius acquit à Londres en 1899, a été mise en doute par des experts et fut probablement peinte par l'un des apprentis de Rembrandt.

Au cours de l'année Rembrandt 2019, le Mauritshuis présentera également Nicolaes Maes, l'un des élèves de Rembrandt les plus talentueux. Maes a commencé sa carrière en peignant des histoires bibliques dans lesquelles l'influence de son professeur est clairement visible. Au cours des années suivantes, il a peint des scènes domestiques intimes, représentant principalement des femmes occupées à des tâches ménagères. À partir des années 1660, Maes développa un style de portraits élégant, apprécié de ses clients de Dordrecht et d'Amsterdam. Avec plus de 30 peintures, il s'agira de la première exposition internationale mettant en lumière tous les aspects de l'oeuvre variée de Maes.